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RELIGION

Les 3 "Véhicules" du Bouddhisme

Petit Véhicule (Hînayâna)

     Ainsi nommé par les adeptes des 2 autres véhicules - parfois non sans une certaine nuance péjorative ... - car il est le plus ancien des enseignements du Bouddha.

Dans cette voie, seuls les moines peuvent atteindre le nirvana : la voie de la délivrance ne peut guère être suivie jusqu'au bout que par les ascètes mendiants (bhikshu), subsistant d'aumônes, soumis à une discipline fort austère. Ces moines doivent pratiquer des exercices variés, appelés en général "méditations" (dhyâna) et apparentés au yoga, pour affaiblir et supprimer erreurs et passions, obtenir la vision parfaitement claire de la réalité et la sérénité parfaite du nirvâna.

      Le Hînayâna a compté une vingtaine de sectes, nées la plupart avant notre ère et dont seul subsiste aujourd'hui le Theravâda, ou " enseignement des anciens "; florissant au Sri Lanka, en Thaïlande et Birmanie, et naguère au Cambodge et au Laos; la littérature en pali, langue indienne ancienne soeur du sanskrit, concerne surtout les moines (bhikshu) auxquels elle apprend la méthode pour devenir des arhant (hommes méritants), c'est-à-dire des saints ayant atteint le nirvâna.

      Quant aux fidèles, ils doivent pratiquer l'aumône, s'abstenir comme les moines du meurtre de tout être vivant, de vol, de luxure, de mensonge et de l'usage des boissons enivrantes et par extension de toute substance toxique.

Grand Véhicule (Mahâyâna)

      Apparu à la fin du Ier s av. J.-C., a produit de nombreux textes sanskrits. Exhorte ses adeptes à devenir, non pas des arhant, mais des bodhisattva, en portant à leur perfection (pâramitâ) l'exercice des vertus, notamment en aidant et secourant les autres êtres, sans épargner leur peine ni leur vie, et en retardant leur propre entrée dans le nirvâna jusqu'à ce que tous les autres l'aient atteint eux-mêmes. La plupart de ses fidèles ont une vénération particulière pour le bodhisattva Avalokiteçvara, dont la compassion sans limite et toujours active leur sert de sauvegarde et modèle.

       D'autres vouent un culte exclusif au bouddha mythique Amitâbha (Lumière infinie), qui accueille, dans son paradis nommé Sukhâvatî, tous ceux qui ont eu même une seule pensée de respect à son égard. Écoles de philosophie : Mâdhyamika, fondée par Nâgârjuna (IIIe s.), démontre et enseigne que tout est " vide " (çûnya) de nature propre derrière le monde illusoire auquel croient et s'attachent les êtres ; Viânavâdin, fondée par Asanga (fin du IVe s.), réduit tout, êtres et choses, à la pure conscience (vijñâna) virtuelle, vide elle-même de nature propre comme de tout contenu autre qu'illusoire: C'est ce que l'on appelle la vacuité. Les penseurs du Mahâyâna voulaient aider leurs disciples à se détacher des objets, des passions et des erreurs en prouvant l'irréalité de ceux-ci. En soutenant la thèse de la vacuité de nature propre, intermédiaire entre l'être et le néant, ils rejetaient l'accusation de nihilisme lancée par les autres philosophes indiens.

Tantrisme bouddhique (Vajrayâna)

    Beaucoup le considère, non pas comme un troisième véhicule, mais comme une branche du Mahayana, ce qui semble philosophiquement plus juste. Appelé ainsi parce que sa littérature, en sanskrit, est constituée d'ouvrages nommés tantra (fil de chaîne).

     Ensemble de sectes nées du Mahâyâna à partir du VIIe s., différentes les unes des autres par leurs doctrines et leurs pratiques religieuses, où l'on note une forte influence de l'hindouisme, qui subit à la même époque une évolution parallèle.

     Elles se distinguent du bouddhisme par un panthéon (ensemble de dieux) riche et complexe et par des activités rituelles, où symbolique et magie exercent des fonctions déterminantes (principe d'identité universelle fondé sur la doctrine de la vacuité).


Le drapeau bouddhique : histoire et symbole

C'est au Sri-Lanka, à la fin du XIXe siècle, que le drapeau bouddhique fut inventé. Il est l'oeuvre d'un Occidental, le colonel Olcott, co-fondateur - avec la "médium" russe Irena Blavatsky - de la Société de Théosophie.

Colonel en retraite de l'armée américaine, Olcott avait découvert le bouddhisme lors du premier "Parlement International des Religions" qui s'était tenu à San Francisco. Profondément impressionné par la doctrine bouddhiste, il se rendit à Ceylan (actuel Sri-Lanka) dans les années 1880

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Il y développa une intense activité pro-bouddhique, aidant les laics cinghalais dans leur lutte contre la tutelle coloniale des Britanniques...

Le Drapeau bouddhique joua ainsi un rôle non négligeable comme signe de reconnaissance de la nouvelle communauté bouddhiste cinghalaise nationaliste !

Ce n'est qu'en 1950 - le 26 mai, très exactement - qu'il sera finalement adopté à l'unanimité par vingt-six délégations représentant l'ensemble des communautés bouddhistes asiatiques, lors d'un rassemblement oecuménique à Colombo (capitale du Sri-Lanka).

Il est depuis lors largement utilisé dans tous les pays bouddhistes. 

Les six couleurs qui le composent rappellent la symbolique de l'arc-en-ciel, très prisée des mouvements ésotériques européens du XIXe siècle, comme des courants plus récents du New Age... L'arc-en-ciel, pont entre le monde terrestre et céleste, est aussi une représentation symbolique de l'unité dans la diversité et, par là-même, symbole de tolérance (ce qui, plus récemment, lui permettra de devenir, aussi, le symbole de la communauté homosexuelle avec le "rainbowflag").

Les couleurs des six bandes qui le composent, cependant, ne reprennent pas les tonalités de l'arc-en-ciel mais celles traditionnellement associées à l'aura du Bouddha : bleu, jaune clair, rouge, blanc et orangé, la sixième bande étant la réunion des cinq couleurs précédentes.

Suivant les enseignements Bouddhiques ces cinq couleurs représentent cinq sources de perfectionnement indispensables à la pratique bouddhique :

1) la couleur bleue est le symbole de la méditation

2) la couleur jaune clair symbolise la "pensée juste"

3) la couleur rouge représente l'énergie spirituelle

4) la couleur blanche est celle de la "foi sereine"

5) la couleur orangée, symbole de l'intelligence, est un composé des quatre couleurs précédentes, tout comme l'intelligence est considérée comme la synthèse des qualités que ces couleurs symbolisent.

6) la sixième bande, enfin, est l'association des cinq précédentes et symbolise ainsi la non-discrimination.

LES QUATRES NOBLES VERITES - CATTA ARIYASACCANI 

Ce texte contient la totalité de la doctrine bouddhique synthétisée en quatre principes fondamentaux. Il fut présenté par le bouddha lors de son tout premier sermon. Il sera présenté ultérieurement sous diverses formes, ainsi qu'abondamment développé et commenté dans les différentes sections des textes canoniques.

1 - Dukkha ~ dukkha ariya sacca

Cette première vérité repose sur une simple constatation froide et implacable : le monde est souffrance* (dukkha). Cette souffrance ressentie par le sujet est la conséquence nécessaire de l'existence individuelle. Dukkha, qui sera utilisé tout au long de ces pages, est bien entendu beaucoup plus qu'une simple souffrance physique ou morale. Dukkha signifie aussi inachevé, imparfait, interrompu, impermanent. Sous cet aspect d'impermanence, dukkha s'applique à toutes les manifestations du monde physique, psychologique et mental. L'impermanence c'est le caractère transitoire de toute chose : une idée advient puis conduit à une autre ou disparaît, un sentiment désagréable fait place à un sentiment agréable et réciproquement, un être naît, grandit, vieillit et meurt, la matière au contact d'autres éléments se combine sous d'autres formes d'organisation dans un vaste processus de transformation, ...

Ce ne sont pas seulement les choses négatives qui sont dukkha, mais tout ce qui est impermanent, plaisir et déplaisir sont dukkha, jouissance et restriction sont dukkha, appropriation ou renoncement sont dukkha.

Dukkha a donc trois acceptations : la première est la souffrance en tant que telle, la seconde est l'interruption de conditions ou d'états heureux, la troisième est le conditionnement d'une chose par une autre (conception développée dans la théorie des cinq agrégats). En effet, si la vision des événements au travers de l'analyse suivant les cinq agrégats permet déjà une meilleure compréhension de leur prégnance et des mécanismes à l'oeuvre sur le sujet, c'est parce qu'ils sont des agrégats d'attachement.

2 - La cause de dukkha est l'attachement ~ dukkha samudaya ariya sacca

Le moteur principal de dukkha c'est la soif de l'existence.
Le bouddhisme insiste bien sur le fait que la souffrance n'est pas le fruit d'une quelconque fatalité, ni l'expression d'une volonté divine aveugle ou punitive. Il y a dukkha quant il y a manque, quand il y a volonté d'obtenir, quand il y a perte ou interruption de jouissance, quand il y a inobtention de ce qui est voulu.
La notion d'attachement est importante, car elle montre bien le lien et la dépendance d'une chose sur une autre. Il suffit, pour une raison ou pour une autre, que ce lien ne s'établisse pas, ou qu'il s'interrompe ou que l'une ou l'autre des choses liées disparaisse, pour qu'il y ait dukkha.

Cet attachement concerne aussi bien le désir des sens, les éléments matériels que les idées, les idéaux, les pensées, les théories ou les croyances.

3 - Dukkha cesse quand l'attachement cesse ~ dukkha nirodha ariya sacca

Il ne s'agit pas de rompre ou de briser brutalement l'attachement aux choses, il ne s'agit pas non plus de le nier ou de le rejeter, il ne s'agit pas de renoncer ou d'abandonner le monde pour s'enfermer dans une vie pure, mais abstraite. Il s'agit de se mettre à l'abri de la souffrance en identifiant les processus de causalité à l'oeuvre dans toutes nos actions et en particulier ceux qui conduisent à dukkha. La cessation de dukkha ne peut être durablement obtenue que par l'identification et la compréhension rigoureuse des processus de causalité.
Il s'agit d'un travail de connaissance du monde, mais surtout de connaissance de soi.
Il ne s'agit pas d'être coupé du monde, mais au contraire de dévoiler le mécanisme de causalité qui fait le monde.

4 - Il existe une méthode pour la cessation de dukkha ~ dukkha nirodha gâmini patipadâ ariya sacca

La voie du bouddhisme prône la connaissance. Si elle est appelée troisième voie, c'est parce qu'elle se situe entre-deux extrêmes, constitués d'un côté par l'unique jouissance des sens physiques et de l'autre côté par l'auto éradication de toute forme de sensualité par l'observation de pratiques ascétiques et de nombreux interdits.

La visée du bouddhisme est plus haute que la simple cessation de dukkha, et entend arriver à une libération complète de la souffrance.

Cette réalisation consiste à ne pas se placer dans une causalité subie. Ayant identifiée la provenance et le but de nos sentiments, actes ou attirances, le sujet agit de manière à contrôler, orienter les effets de son action et de ce fait parvient à éviter la souffrance.

Cette voie est appelée

l'octuple noble sentier.


les principes de base pour tout bouddhiste

L'enseignement d'aujourd'hui porte sur les principes de base pour tout bouddhiste. Dans le mot « bouddhiste », nous trouvons le mot « bouddha », en pali « buddha », qui signifie : celui qui connaît les quatre nobles vérités, ce qui inclut deux aspects...

a) celui qui a réalisé la connaissance des quatre nobles vérités par lui-même.

b) celui qui a la capacité d'enseigner les quatre nobles vérités aux autres.

Les quatre nobles vérités sont :

dukkha saccá (la noble vérité de la souffrance)
samudaya saccá (la noble vérité de l'origine de la souffrance)

nirodha saccá (la noble vérité de l'extinction de la souffrance)

magga saccá (la noble vérité de la voie permettant de parvenir à l'extinction de la souffrance)

Ainsi, celui qui est capable de découvrir les quatre nobles vérités par sa propre sagesse et qui est en mesure de faire bénéficier la connaissance de ces quatre nobles vérités aux autres est un buddha. Le bouddhiste est celui qui fait confiance aux enseignements délivrés par Bouddha. Il est celui qui suit ces enseignements, et qui les met en pratique avec effort. Beaucoup de gens se prétendent bouddhistes uniquement parce qu'ils sont nés dans une « famille bouddhiste ». N'étant bouddhistes que par tradition, ces gens n'ont aucune foi réelle dans le dhamma, ni aucune conviction solide. Ils ne se sont jamais intéressés en profondeur à l'enseignement de Bouddha. Généralement, ils se contentent de participer aux cérémonies religieuses, telles que leurs parents ont toujours eu l'habitude de le faire. N'ayant aucune connaissance profonde de l'enseignement du dhamma, ils peuvent, si l'occasion se présente, se convertir à n'importe quelle religion.

Ces « bouddhistes traditionnels » n'ayant aucune saddhá (foi) profonde, ne sont pas libres du risque de retomber indéfiniment dans les apáya (les mondes inférieurs). Il est donc primordial de développer une connaissance basique du bouddhisme. Le vrai bouddhiste ayant une saddhá profonde est quelqu'un qui observe les trois points majeurs suivants, établis par Bouddha :

abstention des akusala (actes, paroles et pensées malsains)

développement à tout moment des kusala (actes, paroles et pensées bénéfiques)

entraînement à garder le mental pur de kilesá (impuretés mentales)

En d'autres termes :

S'abstenir de tout ce qui est nuisible
Faire ce qui est bénéfique
Purifier son mental

Cela est l'enseignement de tous les bouddhas.

1. S'abstenir d'akusala

Le premier point majeur est de s'abstenir de produire des akusala. Les akusala sont les actes qui ne sont pas innocents et qui provoquent des résultats négatifs. Par exemple, le fait de commettre un meurtre n'est pas innocent et provoque un résultat négatif. Ce résultat négatif ne se limite pas au meurtre lui-même et aux souffrances causées dans l'entourage du mort, mais il se traduit également par des conséquences douloureuses pour le tueur, telle qu'une renaissance courte, ou avec une mauvaise santé, ou dans des mondes très inférieurs. Le fait de voler quelque chose appartenant à autrui est aussi akusala. Cela met en faute et provoque, lors de la prochaine renaissance (ou même avant), des ennuis et des résultats indésirables pour le voleur. De la même manière, les mensonges, les calomnies, les bavardages futiles, et toutes les autres formes de paroles blessantes ou nuisibles sont akusala.

Toutes les actions, paroles et pensées nuisibles sont akusala. En agissant, parlant ou pensant de la sorte, une personne n'est pas innocente. Elle n'est donc pas libre d'en subir ultérieurement des conséquences fâcheuses. C'est pourquoi Bouddha nous exhorte à nous en abstenir.

Si une mère aperçoit son bébé mettre des objets pointus dans la bouche, elle les sortira immédiatement et de force. Elle agira ainsi pour prévenir son enfant du danger. Néanmoins, ne comprenant pas la raison de ce geste, le bébé sera irrité et pleurera de colère. Pourtant, sa mère aura agi par bienveillance, avec compassion, pour protéger son bébé du mal. De la même manière, afin de protéger les êtres de la souffrance, pour leur éviter de douloureuses conséquences, du haut de sa compassion, Bouddha nous « interdit » de tuer, de voler, d'adopter une méconduite sexuelle, de formuler des mensonges, et de commettre tous autres actes akusala physiques, verbaux et mentaux.

2. Développer des kusala

Le second point majeur est de développer des kusala à tout moment, de manière ininterrompue. Les kusala sont les actes bénéfiques : dána (le don), la générosité, l'observation de síla (la vertu), et le développement de la concentration et de vipassaná. Les kusala sont des actes innocents, qui procurent des résultats positifs. Par exemple, le fait d'octroyer un don est innocent et engendre un résultat positif. Ce résultat positif ne se limite pas au don lui-même, mais il se traduit par de la bonté ou du mettá (amour) de la part du receveur et par des conséquences bénéfiques pour le donateur, telle qu'une renaissance heureuse. L'observation de síla est aussi très louable. Celui qui a un síla pur est libre de lobha et dosa, et bénéficiera d'une longue vie (présente ou future). La pratique de mettá est tout aussi innocente et bénéfique. Le mettá bhávaná offre onze avantages :

1. sommeil paisible

réveil paisible
beaux rêves durant le sommeil
sympathie de la part des gens
sympathie de la part des deva
protection de la part des deva
protection contre les dangers du feu, du poison et des armes
stabilité mentale
expression du visage sereine et radieuse
tranquillité au moment de la mort
gain d'une meilleure existence après la mort

Tous les avantages des kusala, qui viennent d'être expliqués, représentent les bénéfices qui peuvent être obtenus durant les existences à travers les naissances, les maladies, les vieillesses et les morts dans le saµsará. Ce processus incessant ne peut être stoppé qu'en réalisant le stade d'arahanta. Lorsque nous effectuons un long voyage, pour aller d'un pays à un autre, nous avons besoin de billets d'avion, de bateau ou de train, de nourriture, de boissons, d'argent, etc. Pour notre long voyage à travers le saµsará, nous avons aussi besoin de provisions diverses. Toutefois, nous ne pouvons pas emporter d'argent, de nourriture ou de titres de transport, d'une vie à l'autre. Ce n'est qu'à l'aide de dána, síla et bhávaná qu'il nous sera possible d'effectuer ce « voyage » dans des conditions convenables. C'est pourquoi Bouddha nous incite à nous abstenir des actes akusala et à produire des actes kusala.

3. Garder un mental pur

Le troisième point majeur est de conserver un mental pur de kilesá. La plupart des gens accorde beaucoup d'efforts au maintien de l'esthétique et de la propreté du corps. Se lavant et se changeant de vêtements jusqu'à plusieurs fois par jour, ils s'occupent ainsi de l'entretien de leur corps avec le plus grand soin. En revanche, rares sont ceux qui s'entraînent régulièrement à la purification de leur mental, pour le nettoyer de ses nombreuses souillures. La saleté du corps ne peut pas faire renaître dans les apáya. Néanmoins, la saleté du mental peut faire renaître dans les apáya (monde animal, monde des peta, monde des asura et monde des enfers).

Nous avons tous aperçu des animaux baigner dans une misère abominable, comme des buffles, des vaches, des porcs, des chiens, des poulets, etc. Ceux-là évoluent dans la souffrance, non pas parce qu'ils ont négligé de nettoyer les impuretés de leur corps, mais parce qu'ils ont – durant leurs précédentes existences – négligé de nettoyer les impuretés de leur mental. Leurs akusala les ont donc conduits à renaître dans de telles conditions. Cela ne signifie pas qu'il faille négliger son corps pour autant. Un certain entretien du corps est nécessaire pour la santé, mais pour éviter des renaissances douloureuses, sachons bien qu'il n'y a pas plus important que la purification du mental.

Comment purifier le mental ? Dans le mahá satipatthána sutta, Bouddha enseigne que : « la seule voie qui mène à la purification du mental est le satipatthána. » Il y a quatre satipatthána :

káyánupassaná satipatthána (Établissement de l'attention sur les mouvements et la matière du corps)

vedanánupassaná satipatthána (Établissement de l'attention sur les sensations)

cittánupassaná satipatthána (Établissement de l'attention sur les états de conscience et les pensées)

dhammánupassaná satipatthána (Établissement de l'attention sur les phénomènes tels que les visions, les sons, les odeurs, les goûts et les touchers)

L'entraînement à ces quatre satipatthána constitue le seul moyen de purifier le mental. Lorsqu'une serviette est neuve, elle est propre et blanche. Une fois qu'elle est utilisée pour s'essuyer la bouche et les mains, elle devient sale. Il faut alors la nettoyer à l'aide d'eau et de savon, et la saleté partira. Le mental doit, quant à lui, être « nettoyé » de ses saletés – que constituent les kilesá –, à l'aide du satipatthána. La fonction du mental est de penser et d'observer les sens et les perceptions mentales. Durant le satipatthána, le yogí est conscient des activités de son mental. Le mental est quelque chose de très particulier. Nous pouvons dire que les inventions modernes comptent parmi les choses les plus étranges et les plus étonnantes, comme la télévision, le nucléaire, les navettes spatiales, Internet, etc. Les peintures ou les sculptures aussi sont surprenantes. Cependant, c'est le mental qui est la chose la plus étrange et la plus étonnante qui soit, car c'est lui qui conçoit toutes ces choses.

L'eau peut être stockée entre des digues afin qu'elle n'aille pas se perdre en se répandant aux alentours. De la même manière, afin que le mental ne se perde pas dans les plaisirs sensoriels, il convient de le maîtriser à l'aide du satipatthána bhávaná. Originellement, l'eau est claire et pure. Si nous y ajoutons une teinture, elle sera colorée en conséquence. De la même manière, par nature, le mental est pur, mais « teinté » par lobha, dosa et tous les kilesá, il devient encrassé, corrompu.

Un sculpteur de marionnettes est capable de tailler de beaux princes et de belles princesses comme de vilains démons et de vilains dragons. Dans un spectacle de marionnettes, toutes les sortes d'état d'esprit (cruauté, bonté, peur, joie, etc.) peuvent alors être représentées à travers les différentes marionnettes. À l'identique, les êtres « sculptent » leur mental avec les kilesá. En sculptant le mental à l'aide d'états d'esprit emplis de lobha, dosa, et moha, les sculptures ainsi obtenues sont des êtres infernaux, des démons, des animaux et des humains pauvres et malheureux. En sculptant le mental à l'aide d'un mélange de kusala et d'akusala, les sculptures ainsi obtenues sont des humains déformés ou des deva inférieurs, avec des membres incomplets. En sculptant le mental à l'aide de kusala, à l'aide d'états d'esprit sains et bienveillants, nous obtenons ainsi de belles sculptures, comme des humains de hautes conditions ou des deva supérieurs.

Le mental peut aussi être comparé à un éléphant. Les éléphants sauvages ne présentent d'avantage pour personne. Au contraire, ils sont un danger. Pour en capturer un, les hommes le séduisent à l'aide d'une éléphante apprivoisée en le conduisant dans un endroit entouré par une tranchée. Ensuite, ils le privent d'eau et d'alimentation, jusqu'à ce qu'il soit suffisamment affaibli pour pouvoir l'approcher afin de l'enchaîner. Il ne reste plus qu'à l'apprivoiser graduellement, en le nourrissant à petite quantité, jusqu'à ce qu'il devienne complètement docile. Ce moment venu, il sera d'une aide très avantageuse pour les hommes.

Tout comme un éléphant sauvage, un mental non apprivoisé s'investit sans modération dans les plaisirs des sens : plaisirs des yeux, des oreilles, du nez, de la langue, et du corps. En laissant le mental à l'état sauvage, il sera abandonné aux kilesá. N'ayant alors d'autre issue que de développer de nombreux akusala, l'existence prochaine aura lieu au sein des apáya. C'est pourquoi il faut apprivoiser le mental. Pour ce faire, saddhá et chanda doivent être employés – comme l'éléphante servant d'amorce – pour conduire le mental dans la tranchée qu'est síla. Les personnes qui s'entraînent en profondeur à la méditation ou au satipatthána sont, de fait, des personnes qui observent les huit préceptes. Ainsi, ils s'abstiennent de repas après midi, d'audition de musique, de chant, de danse, etc.

Pour favoriser l'apprivoisement du mental, il convient donc de ne pas consommer de nourriture de façon excessive, tout comme dans le processus de l'apprivoisement de l'éléphant. Enfin, le mental doit également être « enchaîné », tout comme l'éléphant, à l'aide d'un entraînement intensif à la concentration. L'entraînement à la méditation ou au satipatthána permet d'apprivoiser complètement le mental, car il empêche les plaisirs des sens. Tout comme un éléphant apprivoisé devient très utile aux hommes, le mental apprivoisé devient un véhicule qui transporte vers des existences supérieures, ou mieux, vers nibbána.

De la même façon dont nous lavons la saleté de nos pieds à l'aide d'eau, nous lavons les impuretés du mental à l'aide de la contemplation des phénomènes physiques et mentaux qu'est le satipatthána. Par un tel entraînement, le yogí parviendra à réaliser les connaissances de vipassaná, comme la distinction entre náma et rúpa (la conscience et la matière) et la distinction entre les causes et effets, jusqu'à devenir sotápana. La pureté du mental est alors accomplie.

En embrassant un tel entraînement, un être remplit les trois points majeurs enseignés par Bouddha – s'abstenir de tout ce qui est nuisible ; faire ce qui est bénéfique ; purifier son mental –, et de ce fait, est un vrai bouddhiste. Doté d'une foi ferme, il sera libre de renaître dans les apáya. Demeurant fidèle à l'entraînement de ces trois points majeurs, il parviendra tôt ou tard à nibbána, la cessation définitive de toute souffrance.

Pour conclure cet enseignement, nous souhaitons à tous les yogí, comme chaque bouddha l'a enseigné, de « s'abstenir de tout ce qui est nuisible, de faire ce qui est bénéfique et de purifier leur mental ». Puissent-ils donc être capable de toujours s'entraîner de cette manière, pour parvenir ainsi, à l'expérience de nibbána, par la réalisation de magga ñáta et phala ñáta, le plus aisément et le plus rapidement possible !

sádhu ! sádhu ! sádhu !

Extrait (D) Dhamma Dána, dhammadana.org

KAMMA

Kamma en pali, ou karma en sanskrit, signifie acte, action, ainsi que l'état mental dans lequel est fait cette action, bonne ou mauvaise. C'est donc l'état mental présent dans l'esprit quand nous faisons une action. Ce n'est pas l'action elle-même, qu'elle soit bonne ou mauvaise, mais l'état mental qui accompagne cette action, qu'elle soit saine ou malsaine.

Comme tout état mental, il apparaît et disparaît immédiatement, car selon les enseignements du Bouddha, que ce soit un phénomène matériel ou mental, il apparaît et disparaît immédiatement. Cependant, contrairement aux autres états mentaux, quand il disparaît il laisse le potentiel de donner des résultats dans l'esprit des êtres.

Même si nous ne savons pas où ce potentiel est stocké, quand les conditions sont favorables pour le kamma de donner des résultats, les résultats sont produits. Prenons l'exemple d'un pommier. Avant que les fruits soient sur l'arbre, nous ne pouvons pas dire où ils sont stockés : dans les racines, ou dans le tronc, ou dans les branches, ou dans les feuilles. Mais quand les conditions sont réunies, comme le soleil et l'eau, les fruits sont produits. Il en est de même avec le kamma qui a le potentiel de donner des résultats quand les conditions sont favorables.

Le kamma peut être bon ou mauvais. Lorsqu'il est bon, il produit de bons ou d'heureux résultats et quand il est mauvais, il produit de mauvais ou de douloureux résultats. Ceci est la loi du kamma découverte par le Bouddha. Il découvrit que certains êtres mouraient et reprenaient naissance dans une existence misérable parce qu'ils avaient un mauvais kamma de leur passé, et que d'autres avaient une renaissance heureuse en tant qu'êtres humains ou célestes parce qu'ils avaient un bon kamma de leur passé.

Il y a plusieurs sortes de kamma. Le kamma qui donne des résultats dans cette vie même, le kamma qui donne des résultats dans la future existence et le kamma qui donne des résultats de la troisième existence indéfiniment jusqu'à ce que la personne se libère de la ronde des naissances. Ces trois sortes de kamma s'éteignent quand ils n'ont pas l'occasion de donner des résultats pendant la durée impartie.

Cette compréhension de la loi du kamma nous enseigne que chacun est responsable de lui-même car si nous sommes heureux ou si nous souffrons c'est le résultat de notre kamma du passé. Tout ce qui est agréable dans notre vie est le résultat d'un bon kamma de notre passé, et toute notre souffrance est le résultat du mauvais kamma de notre passé. Nous ne pouvons par conséquent blâmer personne d'autre pour notre souffrance ou nos échecs dans cette vie. Si nous voulons accuser quelqu'un, nous pouvons accuser notre kamma.

Le kamma produit des résultats, et puisque nous créons nous-mêmes le kamma, nous sommes les seuls à créer les résultats qui seront produits. Nous sommes donc maîtres de notre futur. Nous pouvons modeler nos futures existences. Nous sommes libres, nous ne dépendons de personne pour avoir un bon futur parce que nous seuls pouvons créer notre futur.

Quand nous comprenons que nous sommes seuls responsables de notre souffrance ou de notre bonheur, nous savons que nous pouvons façonner notre futur afin d'obtenir le bonheur et non la souffrance. Si nous ne souhaitons pas de douloureux résultats, nous devons simplement éviter ce qui produira de douloureux résultats. La loi du kamma nous enseigne de nous abstenir de faire du mal, ce qui est nuisible à nous-mêmes et aux autres. Ainsi, nous pouvons améliorer notre vie dès à présent, et également nos vies futures.

Le Dalaï-lama dit qu'il est plus important de comprendre le kamma et comment il fonctionne plutôt que toute la philosophie du Mahayana sur la vacuité.

Chaque chose de notre vie présente est le résultat de notre passé, de ce que l'on a fait. Nous sommes responsables de ce qui nous arrive maintenant. Le monde est le champ de relations de causes et d'effets. Cela nous encourage à agir de façon à engendrer des effets qui nous seront bénéfiques plus tard. Le passé affecte le présent, les causes du passé engendrent notre présent.

Le bouddhisme enseigne l'équanimité par rapport aux événements de notre vie. La façon de répondre à ces événements aura des conséquences dans le présent et aussi dans le futur. En nous sentant responsables du moment présent, cela affecte nos comportements et leurs conséquences dans le futur. Nous donnons une orientation à notre vie en fonction des choix que nous faisons maintenant.

Si nous faisons preuve de gentillesse et de générosité, nous créons les causes pour recevoir de la gentillesse et de la générosité. Si nous manifestons de la colère et de l'hostilité nous créons les résultats : nous recevrons la colère et l'hostilité. Nous devons toujours être attentifs à la façon dont nous agissons dans le présent. Nous sommes responsables, nous en subirons les conséquences plus tard.

C'est notre intention, notre motivation qui sont importantes et produiront des résultats. Nous devons nous demander : quelle est mon intention quand je dis cela ? quand je fais cela ?

Chaque action est déterminée par une intention. Cela peut être de se protéger, d'obtenir quelque chose ou bien d'aider. L'intention est la graine qui donnera des fruits plus tard. Le pouvoir de l'attention, sati, nous permet de ne plus répondre de manière conditionnée en semant des graines d'avidité et de haine. Nous sommes conscients de ce qui est sans réagir et créer du kamma.

Puisque que le kamma donne des résultats, s’il y a du kamma, il y aura des résultats. Nous ne pouvons échapper aux conséquences du kamma créé dans le passé, à moins de devenir Bouddha ou Arahant.

Quand une personne renaît dans une autre vie, cette renaissance est le résultat de son kamma passé. Selon l'enseignement du Bouddha, il n'y a pas d'intervalle entre la mort et la renaissance. Une personne peut renaître à des milliers de kilomètres ; il y a des gens morts en Angleterre et qui ont repris naissance en Australie. Bien que la distance soit très grande, des milliers de kilomètres, il n'y a pas d'intervalle entre la mort et la renaissance. La renaissance suit immédiatement la mort, c'est le résultat du kamma du passé.

La mort n'est qu'un moment de la vie, le dernier moment. En fait la disparition d'un moment et l'apparition d'un autre moment se produit même quand nous sommes vivants. Nous mourons et renaissons à chaque instant de notre vie. En réalité, cette vie-ci et la prochaine vie ne sont différentes que d'un instant. Le moment de la mort, nous l'appelons cette vie, le moment qui suit immédiatement la mort, nous l'appelons la nouvelle vie ou la prochaine vie, car nous utilisons des termes conventionnels. Mais la mort et la renaissance sont simplement un moment suivant un autre moment.

Par exemple une seconde après minuit le 31 décembre, nous disons que c'est un nouveau jour, un nouveau mois, une nouvelle année. Mais en fait il y a seulement une seconde de différence entre l'année précédente et la nouvelle année. Nous disons l'année dernière, l'année passée, mais en fait nous ne sommes qu'à une seconde de minuit. De la même façon, quand les êtres renaissent c'est seulement un instant après la mort.

L'apparition et la disparition des phénomènes physiques et mentaux se poursuivent jusqu'à ce que l'on devienne Arahant ou Bouddha et que l'on meurt. Jusqu'à ce moment, l'apparition et la disparition des phénomènes physiques et mentaux continuent. Mais qu'est-ce qui renaît ?

La personne qui renaît n'est ni la même personne, ni totalement une nouvelle personne. Au moment de la renaissance, le kamma produit un état d'esprit et quelques propriétés matérielles, et c'est cela que l'on appelle renaissance. L'esprit et la matière qui sont produits au moment de la renaissance ne sont pas des choses transférées de la vie précédente. En fait rien ne se déplace de cette vie vers la future existence. Cependant, les résultats des actes commis dans la précédente existence produiront des résultats dans le futur. Ils sont reliés par la loi de causes et d’effets.

Par exemple dans un collier ou dans un chapelet, il y a des perles. Ces perles sont différentes les unes des autres et sont distinctes aussi. Comme elles sont reliées par une ficelle, nous pensons qu'il y a une série de perles, mais en fait il n'y a que des perles individuelles. De la même façon, l'esprit et la matière sont nouveaux à chaque instant, apparaissant à chaque instant, mais il y a quelque chose comme un lien qui traverse la succession d'apparition d'esprit et de matière qui est la relation de cause et d'effet. Selon le Bouddha, chaque chose dans le monde est souffrance du fait de son caractère impermanent.

Pouvons-nous trouver quelque chose qui soit permanent dans le monde ?

Pouvons-nous trouver quelque chose qui apparaît seulement et ne disparaît pas ?

Rien ne dure continuellement, tout a une fin, simplement parce qu'il y a eu un début. Quand il y a un début, il y a une fin, c'est la loi de la nature, nous ne pouvons y échapper.

Nous sommes nés en tant qu'êtres humains, nous avons commencé à vivre, mais nous ne vivrons pas éternellement. Un jour nous mourons parce que ce sera la fin de notre vie. Quand il y a un début, il y a une fin et quelque chose qui a commencé et se terminera ne peut pas être permanente.

Le Bouddha dit « ce qui est impermanent est souffrance ». De même les cinq agrégats sont souffrance parce qu'ils sont impermanents. Il ne faut pas seulement chercher à comprendre les enseignements du Bouddha, il faut les mettre en pratique aussi. Ses enseignements sont comme des médicaments, ils ne sont efficaces que si on les prend. Nous pouvons avoir beaucoup de médicaments chez nous, mais si nous ne les prenons pas nous ne guérirons pas. C'est seulement en pratiquant que nous pourrons nous libérer de la souffrance et de toutes nos impuretés mentales. C'est pourquoi la pratique est si importante. C'est uniquement par la pratique que nous pourrons accomplir ce qui fut accompli par les Bouddhas et les Arahants.

En comprenant ses enseignements, nous comprenons que quel que soit le résultat du kamma, qu'il soit bon ou mauvais, il est en fait souffrance puisqu'il crée de nouvelles existences qui sont souffrance et prolonge notre cycle dans le Samsara.


les 13 pratiques ascétiques

L'origine

Bien avant qu'apparaisse Bouddha, il existait des pratiques destinées à opprimer le corps de manières aussi variées que nombreuses. Ceux qui les adoptaient croyaient qu'elles leur permettraient de se libérer de la souffrance inhérente à tout être vivant. En revanche, d'autres avaient la conviction que le but de l'existence était de savoir en profiter au maximum et concentraient tous leurs efforts à satisfaire au mieux les plaisirs sensoriels.

Dès son tout premier enseignement, Bouddha rejeta catégoriquement ces deux voies qu'il qualifia de « voies extrêmes ». Dans cet enseignement, il nous explique que seule la voie modérée, la « voie moyenne », est en mesure de conduire au développement de la sagesse, de la connaissance juste de la réalité. Les deux voies extrêmes développent, quant à elles, les attachements et les vues erronées, contrairement à la voie modérée, qui permet la réduction des attachements et le développement de la vue juste.

La conduite établie par le Bienheureux pour les moines et les moniales (le pátimokkha), pour les novices (les 10 préceptes) et pour les laïcs (les 5 ou les 8 préceptes) est suffisante pour mener à la libération de la souffrance quiconque s'entraîne convenablement au satipatthána. Pour ceux qui souhaitent parvenir beaucoup plus rapidement ou plus facilement à nibbána, il a également enseigné un ensemble de pratiques ascétiques non obligatoires (les 13 dhutaýga ne sont pas inclus dans le vinaya), qui permet de réduire ses besoins au strict minimum, épargnant ainsi, celui qui adopte ces pratiques, de l'orgueil, de l'avidité, et de l'aversion, qui constituent les principaux poisons sur la voie de la libération (ce n'est qu'en pratiquant certains dhutaýga au quotidien qu'on peut véritablement le comprendre ; les résultats sont impressionnants).

Les dhutaýga ne sont pas faits pour des êtres supérieurs, ni pour des êtres inférieurs. Elles sont bénéfiques pour tous ceux qui sont en mesure de les mettre en pratique. Un dhutaýga n'est pas une pratique extrême ; il est seulement une pratique qui permet rapidement et aisément la pureté du mental, base indispensable au développement de l'attention et de la concentration. Elle réduit des encombrements inutiles, comme de la nourriture excédante, de nombreux vêtements à entretenir, l'agitation des zones habitées, des attachements très divers. À condition d'être adopté convenablement, aucun dhutaýga ne provoque une fatigue ou une oppression quelconque du corps ou du mental. Si un dhutaýga impose une grande difficulté ou un effort difficile pour un individu, il ne devrait pas le pratiquer, car il deviendrait pour lui une pratique extrême.

Chacun est libre, selon ses capacités et ses souhaites, d'adopter un ou plusieurs dhutaýga, qui ont chacun trois niveaux de restriction. Le but de ces pratiques est d'offrir un environnement aussi propice que possible au renoncement.

Ainsi, les 13 dhutaýga, qui signifient « renoncement » [abandonner (dhuta) ; état d'esprit (aýga)], sont un ensemble de pratiques destinées à réduire radicalement ses attachements, afin de parvenir plus vite à nibbána, comme un oiseau qui traverse en ligne droite un ciel sans nuages.

Les 13 dhutaýga

Il existe treize pratiques ascétiques : deux pour les robes, cinq pour la nourriture, cinq pour le lieu de résidence, et une pour la posture (connu pour être le dhutaýga de l'effort). Pour accéder à la définition détaillée d'un dhutaýga, il suffit de cliquer sur le lien correspondant dans la liste ci-dessous :

paµsukúla : robes abandonnées
tecívarika : trois robes
pittapáta : collecte à l'aide du bol
sapadánacárika : collecte sans sauter de maison
ekásanika : un seul repas
pattapittika : tout dans le bol
khalupacchábhattika : ne plus accepter de nourriture après avoir entamé le repas
áraññika : demeurer dans la forêt
rukkhamúla : demeurer sous un arbre
abbhokásika : demeurer sur la terre nue sans abri
susánika : demeurer dans les charniers
yathásantatika : dormir à la place attribuée
nesajjika : renoncer à la posture allongée


Les cinq types de motivation

Pour la pratique des dhutaýga, il existe plusieurs types de motivation. Certains peuvent en adopter un avec une mauvaise intention, comme ayant pour but d'attirer à eux de la vénération, alors que d'autres adoptent une de ces pratiques avec une intention pure, pour se guérir des kilesá, avec le même état d'esprit dans lequel on prend un médicament. Voici les cinq types de motivation que l'on distingue chez ceux qui adoptent un ou plusieurs dhutaýga :

1) Sans rien savoir, sans même connaître leurs avantages : en ayant seulement entendu dire que les pratiquants des dhutaýga ont bonne réputation, pour pouvoir dire « moi, je pratique les dhutaýga », etc.

2) Pour bénéficier d'avantages nourrissant l'avidité, comme : pour recevoir beaucoup de dons, pour être bien vu des autres, pour obtenir une grande vénération de la part des autres, pour attirer des disciples à soi, etc.

3) Par folie, sans rien savoir, sans chercher quoique ce soit.

4) Parce que Bouddha et les ariyá font l'éloge de ces pratiques.

5) Pour bénéficier d'avantages sains, comme : la capacité de se contenter de très peu de choses, la faiblesse de l'avidité, la facilitée d'obtention des nécessités, la tranquillité, le détachement, etc.

Bouddha désapprouvait les trois premières motivations, il n'approuvait que les deux dernières. Un individu ne devrait donc adopter un ou plusieurs dhutaýga seulement s'il est motivé selon la quatrième ou la cinquième de ces cinq types de motivation. Toutefois, un dhutaýga est nettement plus profitable s'il est adopté selon la cinquième motivation que selon la quatrième.

Les cinq facteurs devant être remplis par un pratiquant des dhutaýga

Un pratiquant des dhutaýga qui est en mesure d'appliquer ces pratiques (il est en bonne santé, etc.), qui est honnête et qui a comme but nibbána, est digne d'être vénéré par les brahmá, les deva et les humains.

Voici les cinq facteurs que doit remplir tout pratiquant des dhutaýga :

1) Être sans avidité.

2) Savoir se contenter de très peu.

3) Vouloir vraiment se débarrasser des kilesá.

4) Rester dans un endroit calme.

5) Ne plus souhaiter d'existence supplémentaire dans quel monde et dans quelles conditions que ce soit (autrement dit, vouloir parinibbána).

Les deux premiers facteurs sont anti-avidité. Ils contribuent à l'élimination des désirs sensoriels. La volonté dont fait l'objet le dernier de ces facteurs peut être obtenue à l'aide de la sagesse.

Par alobha on élimine les pratiques qui visent à développer les désirs sensoriels (kámasukhalliká nuyoga), et par amoha, on élimine toutes les pratiques qui oppriment le corps (attakilamathá nuyoga).

Bouddha félicite ceux qui adoptent les dhutaýga en remplissant les cinq facteurs précités.

Selon un autre commentaire, les facteurs nécessaires pour la pratique des dhutaýga sont :

1) saddhá, la foi, la confiance.
2) hirimá, le fait d'avoir peur ou honte des mauvais actes.
3) dhitimá, le fait d'être calme, posé et concentré dans ses actes.
4) akuha, le désintérêt de la notoriété, de la renommée, de la considération de la part d'autrui.
5) atthavasí, le fait d'avoir comme seul but la réalisation du dhamma
6) alobha, la franchise.
7) sikkhákáma, le fait d'être naturellement et constamment dans la vertu.
8) a¦hasamádána, le fait de s'empêcher de rompre l'une de ses pratiques.
9) anujjhánabahula, le fait de ne pas critiquer autrui, même s'il est en faute.
10) mettávihárí, le fait de demeurer constamment empli de bienveillance.

Un pratiquant sérieux des dhutaýga se doit d'être convenablement établi dans ces dix facteurs. Celui qui sait s'y tenir est en mesure de parvenir à nibbána.

Les éléments qu'il faut éviter :

1) pápiccha, vouloir des choses nuisibles.
2) icchápakata, s'opprimer le mental par des désirs.
3) kuhaka, rechercher la considération de la part d'autrui.
4) luddha, la convoitise, la cupidité.
5) odarika, se préoccuper abusivement de son alimentation.
6) lábhakáma, vouloir de nombreuses affaires.
7) yasakáma, vouloir de nombreux disciples, vouloir la vénération de nombreuses personnes.
8) kittikáma, vouloir la notoriété, une grande renommée.

Si un bhikkhu pratique les dhutaýga selon un ou plusieurs de ces huit points, il fera certainement l'objet de critiques et de mépris de la part des autres. Il risque même de connaître des handicaps lors de sa vie suivante, telle que la laideur, une malformation, un membre sectionné, si ce n'est le monde des enfers. C'est pourquoi il faut s'efforcer de développer les facteurs nécessaires, et d'éviter ceux qui sont nuisibles.

La procédure d'adoption des dhutaýga

Pour adopter les dhutaýga que l'on souhaite pratiquer, l'idéal est de le faire auprès de Bouddha.

Si Bouddha est loin ou n'est plus là, il est bien d'adopter les dhutaýga auprès d'un aggasávaka (appellation donnée aux deux plus nobles disciples d'un bouddha).

Si les aggasávaka sont loin ou ne sont plus là, on peut le faire auprès d'un mahásávaka (appellation donnée aux 80 plus grands disciples d'un bouddha).

Si les mahásávaka sont loin ou ne sont plus là, on peut le faire auprès d'un arahanta.

Si l'on n'a pas la possibilité de le faire auprès d'un arahanta, on peut le faire auprès d'un anágámi.

Si l'on n'a pas la possibilité de le faire auprès d'un anágámi, on peut le faire auprès d'un sakadágámi.

Si l'on n'a pas la possibilité de le faire auprès d'un sakadágámi, on peut le faire auprès d'un sotápana.

Si l'on n'a pas la possibilité de le faire auprès d'un sotápana, on peut le faire auprès de quelqu'un qui connaît parfaitement les trois parties du tipittaka.

Si l'on n'a pas la possibilité de le faire auprès de quelqu'un qui connaît parfaitement les trois parties du tipittaka, on peut le faire auprès de quelqu'un qui connaît parfaitement deux des trois parties du tipittaka.

Si l'on n'a pas la possibilité de le faire auprès de quelqu'un qui connaît parfaitement deux des trois parties du tipittaka, on peut le faire auprès de quelqu'un qui connaît parfaitement une des trois parties du tipittaka.

Si l'on n'a pas la possibilité de le faire auprès de quelqu'un qui connaît parfaitement une des trois parties du tipttaka, on peut le faire auprès de quelqu'un qui connaît parfaitement l'un des chapitres de l'une des trois parties du tipittaka.

Si l'on n'a pas la possibilité de le faire auprès de quelqu'un qui connaît parfaitement l'un des chapitres de l'une des trois parties du tipittaka, on peut le faire auprès de quelqu'un de versé sur les atthakathá (les commentaires).

Si l'on n'a pas la possibilité de le faire auprès de quelqu'un de versé sur les atthakathá, on peut le faire auprès d'un pratiquant des dhutaýga.

S'il n'y a personne, on peut le faire devant un cetiya.

Il est préférable d'adopter un ou plusieurs dhutaýga auprès d'un être pur de síla. Cela incite à mieux prendre soin de sa pratique des dhutaýga et d'éviter de les briser. Toutefois, si l'on souhaite adopter des dhutaýga sans que personne le sache, il est possible de le faire tout seul. Certains moines prennent d'ailleurs la détermination de ne pas laisser connaître leur pratique, se garantissant ainsi la certitude de ne pas les pratiquer en raison d'une motivation nuisible.

Autrefois, un bhikkhu pratiquait le dhutaýga qui consiste à ne manger qu'une seule fois par jour (ekásanika) depuis quarante années, sans que personne ne l'ait jamais su. Un jour, quelqu'un le vit achever son repas, se lever et aller s'installer à une autre place. À ce moment-là, il lui proposa une part de gâteau. Comme le vénérable refusa poliment, le donateur en devina la raison, en s'exclamant : « Vous pratiquez le dhutaýga ekásanika ! » Afin de ne pas mentir et de ne pas dévoiler sa pratique, le bhikkhu préféra la rompre en acceptant et en mangeant cette part de gâteau. Dès qu'il eut ingéré le gâteau, il adopta de nouveau ce dhutaýga.

Les dhutaýga praticables selon le statut

Seul, un bhikkhu peut pratiquer les 13 dhutaýga. Les bhikkhuní ne peuvent en pratiquer que 8, les sámanera 12, les sámaterí 7 et les laïcs 2, voire 9, car leur statut ou leur discipline ne leur permet pas d'adopter les autres.

Les bhikkhu

Un bhikkhu peut adopter n'importe lesquels des 13 dhutaýga. S'il le souhaite, un bhikkhu peut pratiquer les 13 dhutaýga à la fois. Pour cela, le mieux est de demeurer exclusivement dans un charnier qui possède à la fois les caractéristiques du lieu en forêt éloignement des zones habitées et celles du lieu dépourvu d'abri et de végétation. Cependant, il peut aussi demeurer en forêt durant le premier tiers de la nuit, dans un lieu dépourvu d'abri et de végétation durant le second tiers de la nuit, et dans un charnier dépourvu des caractéristiques propres aux lieux forestiers et sans abri durant le dernier tiers de la nuit.

On peut se demander comment pratiquer à la fois le dhutaýga qui consiste à demeurer sous un arbre (rukkhamúla) et celui qui consiste à demeurer en un lieu dénudé d'abri et de végétation (abbhokásika). Bien que traduisant l'expression « demeurer sous un arbre », l'idée du dhutaýga rukkhamúla n'est pas tant d'adopter un arbre, mais plutôt de renoncer au confort susceptible de développer la paresse et à tout l'entretien que nécessite la résidence dans un bâtiment. Ainsi, le dhutaýga abbhokásika inclut le dhutaýga rukkhamúla. De la même manière, le dhutaýga qui consiste à renoncer à la résidence dans un bâtiment (rukkhamúla) et celui qui consiste à renoncer aux lieux pourvus de végétation et d'abri (abbhokásika) n'empêchent pas celui qui consiste à demeurer « en forêt » (áraññika), car ce dernier ne consiste pas à adopter un monastère situé en pleine forêt. Sa seule idée est en fait l'éloignement des zones habitées, la résidence en un lieu isolé, reclus. Par contre, il est possible de pratiquer le dhutaýga abbhokásika ou le dhutaýga rukkhamúla sans pratiquer le dhutaýga áraññika, par exemple, en demeurant sous un arbre situé en zones habitées.

Les bhikkhuní

Les 8 dhutaýga que les bhikkhuní sont en mesure de pratiquer sont : paµsukúla, tecívarika, pitðapáta, sapadánacári, ekásanika, pattapitðika, yathásantatika et nesajjika.

Le dhutaýga khalupacchábhattika est obsolète pour les bhikkhuní, car leur vinaya leur interdit de refuser de la nourriture qu'il leur est servie, même après avoir commencé de manger (selon le pavárito, voir le pácittiya 35). Elles ne peuvent pas pratiquer le dhutaýga áraññika car leur vinaya leur interdit de demeurer dans un lieu isolé, sans la proximité d'un monastère de bhikkhu (selon la règle ohíyana). Quant aux dhutaýga rukkhamúla, abbhokásika et susánika, Bouddha ne leur autorise pas de les adopter, car en tant que femmes, ces pratiques sont trop difficiles et trop dangereuses. De plus, une bhikkhuní ne peut se rendre seule à l'extérieur. En admettant qu'il soit permis à une bhikkhuní de rester dans un lieu isolé de monastères de bhikkhu, accompagnée d'une autre bhikkhuní, il lui serait difficile de trouver une bhikkhuní d'accord de pratiquer le même dhutaýga avec elle, sans parler du fait que tout l'intérêt des dhutaýga est d'être seul.

Les sámanera

Les sámanera sont en mesure de pratiquer 12 dhutaýga ; tous à l'exception de la pratique qui consiste à se limiter à trois robes (tecívarika), car, à l'inverse des bhikkhu et des bhikkhuní, ils ne disposent pas de robe double. Bien entendu, rien n'empêche un sámanera de s'entraîner à n'employer qu'un nombre très limité de robes, de châles ou de couvertures. Toutefois, cela ne fera pas l'objet du dhutaýga tecívarika.

Les sikkhamána et les sámašerí

Les 7 dhutaýga que les sikkhamána et les sámanerí sont en mesure de pratiquer sont : paµsukúla, pišðapáta, sapadánacári, ekásanika, pattapišðika, yathásantatika et nesajjika.

Elles ne peuvent pratiquer les dhutaýga khalupacchábhattika, áraññika, rukkhamúla, abbhokásika et susánika pour les mêmes raisons que les bhikkhuní et le dhutaýga tecívarika pour la même raison que les sámanera.

Les laïcs

Les 2 dhutaýga que les laïcs – dont les nonnes – sont en mesure de pratiquer sont : ekásanika (un seul repas par jour) et pattapitðika (prendre son repas à l'aide d'un seul récipient). Toutefois, un laïc doté d'une forte disposition à la pratique du renoncement, de la pureté du mental, et d'une grande confiance dans le dhamma, peut, à l'instar des bhikkhu, adopter en plus deux dhutaýga précités, les dhutaýga khalupacchábhattika, áraññika, rukkhamúla, abbhokásika, susánika, yathásantatika et nesajjika, ce qui porte le nombre total de dhutaýga à 9.

Néanmoins, les laïcs ne peuvent pas pratiquer les quatre premiers dhutaýga, car ils ne portent pas de robe monastique et n'obtiennent pas leur nourriture à l'aide d'un bol.

Les ariyá et les dhutaýga

Les ariyá sont des êtres qui ont obligatoirement pratiqué les dhutaýga ; dans cette vie ou dans une précédente. Pour avoir ses páramí suffisamment mûres pour la réalisation du dhamma, la pratique des dhutaýga est donc inévitable. Pour cette raison, nous pouvons dire que « la pratique des dhutaýga est la voie des ariyá ». Les dhutaýga constituent même un entraînement particulièrement propice à la réalisation de nibbána, étant donné qu'ils offrent les meilleures conditions pour l'entraînement des 8 maggaýga – la base du satipatthána (la voie qui conduit à nibbána) – d'une part, et pour le détachement de tous les obstacles à cet entraînement d'autre part.

Il existe de nombreux bhikkhu célèbres pour leur pratique des dhutaýga. Entre autres, du temps de Bouddha, était particulièrement connu pour les dhutaýga áraññika et paµsukúla : le Vénérable Mahá Kassapa (d'ailleurs reconnu par Bouddha comme étant le meilleur pratiquant des 13 dhutaýga de son sásana) ; étaient particulièrement connus pour le dhutaýga áraññika : le Vénérable Revata (dans la forêt de Khariravaniya), le Vénérable Tissa et le Vénérable Nágita ; était particulièrement connu pour les dhutaýga liés à l'obtention et à la consommation de la nourriture : le Vénérable Mitta ; étaient particulièrement connus pour le dhutaýga nesajjika : le Vénérable Sáriputtará, le Vénérable Mahá Moggalána, le Vénérable Cakkhupála, etc.

Ces arahanta comme tous les arahanta qui pratiquent les dhutaýga n'ont pas enduré les difficultés de ces pratiques pour leur propre bénéfice, puisqu'ils n'ont plus rien à obtenir pour eux-mêmes (un arahanta n'a, par définition, plus d'ambition, plus de motivation). Ils ont pratiqué les dhutaýga dans le seul but de servir favorablement d'exemple, d'inciter à cette noble pratique, les autres bhikkhu qui les voient ou qui entendraient parler d'eux.

Tous les bouddhas ont également pratiqué les dhutaýga de manière remarquable, à un ou plusieurs moments de leur dernière vie. Ainsi, les gens sages, imitant Bouddha, appliquent une ou plusieurs des dhutaýga


 
 
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